Marina Orsini avait lancé son album Reconstruire les saisons en début d’année 2025, un jour de ces tempêtes hivernales dont seul février a le secret.
La météo n’était guère plus joyeuse jeudi soir dernier, en cette première semaine de novembre, alors que l’actrice et chanteuse investissait le Gesù pour la première montréalaise de son spectacle du même titre. Sa « première première » à vie comme auteure-compositrice-interprète!
Marina Orsini sur la scène du Gesù pour la première de son spectacle Reconstruire les saisons / Crédit : Rosalie-Anne Lavoie Bolduc
À l’intérieur de la salle, toutefois, on se moquait bien de la bruine et du vent froid. Parce que le cocon dans lequel Marina a enveloppé son public d’admirateurs et d’amis de longue date – parmi lesquels Janette Bertrand, René Simard, Fanny Mallette et son fils Thomas – était doux et chaleureux. Presque protecteur.
L’image du cocon est peut-être surutilisée, mais elle est tout à fait appropriée pour décrire l’ambiance qui régnait au Gesù, théâtre de proximité parfait pour la poésie mature et sensible de Marina Orsini.
Pleinement authentique
Depuis le début de son projet Reconstruire les saisons, Marina Orsini est demeurée fidèle à elle-même jusqu’au bout des ongles. La tendance est à la country pop et au R&B? Non, Marina n’allait pas céder à la mode pour tenter de jouer du coude dans les palmarès radio. De rivaliser avec Charlotte, Taylor et Lou-Adriane. Quel dommage c’aurait été de la voir s’autocaricaturer.
Ce disque, puis ce spectacle, dont elle rêvait depuis 30 ans, sur lesquels elle a planché pendant cinq ans, Marina les voulait bien à elle et à son image.
Marina Orsini sur la scène du Gesù pour la première de son spectacle Reconstruire les saisons / Crédit : Rosalie-Anne Lavoie Bolduc
Directement sortis de son cœur. L’aura de tristesse qui transperce sa musique et ses mots, l’instrumentation de cordes, les paroles de deuil, de regrets, de nostalgie, d’amour, la langueur générale de l’atmosphère et des sonorités, tout ce que le tandem Catherine Major (réalisatrice, compositrice, pianiste, co-metteure en scène) et Jeff Moran (parolier) lui a offert pour magnifier ses propres écrits : c’est Marina Orsini dans sa splendeur, candide dans sa vérité, moins joyeuse qu’on l’a souvent vue, mais d’autant plus intègre, justement parce que sans personnage.
Au miroir d’une femme de 58 ans lucide, parfois fragile, mais toujours en possession de ses moyens.
Des saisons reconstruites à l’époque des Filles de Caleb n’auraient certainement pas eu la même couleur. Combien de femmes de son âge, au vécu semblable, se sont reconnues dans les récits voilés de métaphores de Reconstruire les saisons? Marina Orsini assume son âge, son parcours, ses forces, ses faiblesses. Et ses amours. Quitte à en inspirer d’autres. Et des plus jeunes.
Cette veine d’authenticité, donc, se prolonge dans la deuxième vie, scénique celle-là, de Reconstruire les saisons. On est chez Marina Orsini, et pas ailleurs.
Marina Orsini sur la scène du Gesù pour la première de son spectacle Reconstruire les saisons / Crédit : Rosalie-Anne Lavoie Bolduc
Marina vêtue sobrement de noir, encore là, loyale au style qu’on lui connaît, entourée de sa précieuse complice Catherine Major au piano, de trois violonistes et une violoncelliste. Que des femmes, les Mommies on the run, aussi éclairées qu’elle pendant sa prestation de moins d’une heure trente, terminée d’une généreuse séance d’autographes.
Que des chansons tirées de l’album, à l’exception de L’amore è come un giorno, hommage à Aznavour. Sinon, aucune relecture d’autres artistes ou de lointains succès. L’imitation de Marjo au Bye Bye, c’était en 1991. En 2025, Marina chante sa vie d’une voix extrêmement juste, berçante, puissante, rauque parfois, pleine d’émotion. On devine qu’il s’en bouscule, des émotions, dans son esprit, pendant qu’elle offre sur un plateau, sans hypocrisie, des pans de son intériorité. Devant des projections, des montages photo, photos de sa regrettée maman Verna ou d’elle-même, croquées par sa collègue et copine Fanny Mallette.
Marina décline les paragraphes de sa « lettre d’amour à l’amour », dans leurs versions originales : Les cendres de nos étés, Novembre, la magnifique La mère et la déchirante blessure qu’elle transmet… Mascarade et son témoignage de désir sexuel bien palpable… Au rappel, Les anémones, clin d’œil senti à la série Une autre histoire…
Des textes sensuels – dans toutes les déclinaisons du terme –, encore davantage chargés d’âme, lorsqu’interprétés en chair et en os.
Marina Orsini sur la scène du Gesù pour la première de son spectacle Reconstruire les saisons, enlaçant sa complice Catherine Major / Crédit : Rosalie-Anne Lavoie Bolduc
Des duos vidéo avec Richard Séguin (Chambre orange), Manuel Tadros (Ce n’est rien) et Paul Piché (Comme tu es). Un autre duo, physiquement tout près, sur Dernier voyage, avec Catherine Major, d’abord propriété de Maurane (que Marina aime beaucoup) et Daran. Major en solo, ensuite, sur Unique survivant, ode à sa relation de longue date avec Jeff Moran.
Et le regard de Marina, empreint de tendresse, sur ses musiciennes. Ses petites histoires pour introduire ses morceaux. Car chacun a sa raison d’être. Il est question de son grand Thomas qui partira bientôt en Europe jouer dans La légende de Monte-Cristo, de sa nostalgie des lignées de femmes de sa vie, de sa maman Verna, grand amour de sa vie, de son célibat (« Ce n’est pas une publicité! », badine-t-elle) et du prochain homme qu’elle aimera, qu’elle espère « gars de bois » (avec un gros… tracteur!)… Histoires brèves, parcelles de confidences.
Aucun rire gras, nerveux ou forcé. Marina n’est pas humoriste et ne feint pas de l’être. La vérité, encore et toujours.
Actrice qui chante, chanteuse qui joue, et pourquoi pas animatrice qui écrit, toutes les facettes de Marina Orsini s’expriment dans Reconstruire les saisons. Pleinement, totalement, complètement elle-même. Voilà, sans doute, le secret d’une longue et vibrante carrière.
Marina Orsini sur la scène du Gesù pour la première de son spectacle Reconstruire les saisons, avec les musiciennes qui l’accompagnent, les Mommies on the run / Crédit : Rosalie-Anne Lavoie Bolduc
Marina Orsini présente son spectacle Reconstruire les saisons en tournée partout au Québec. Consultez son site Web pour toutes les dates.
Crédit photo principale : Rosalie-Anne Lavoie Bolduc




