Et si le Salon du livre de Montréal, dont la 48e édition s’achève ce dimanche au Palais des congrès, devenait le point de départ d’une célébration encore plus importante de la littérature et de la lecture dans la métropole, qui s’étalerait sur tout le mois de novembre?
Cette réflexion anime sérieusement Olivier Gougeon, directeur général de l’événement. En poste depuis 2018, Monsieur Gougeon a orchestré, en 2021, la vaste opération qu’a constitué le déménagement du Salon de la Place Bonaventure – où il s’est tenu pendant ses 40 premières années de vie, et un peu plus – au Palais des congrès. Et ce, alors que le Québec, comme le reste du monde, était frappé par la pandémie de COVID-19.
Or, la pandémie a incité l’organisation du Salon du livre, comme bien d’autres organismes culturels, à se réinventer. Olivier Gougeon a vu là une occasion en or de sortir le bouquin de ses rayons et hors des murs du Salon du livre, et d’en faire rayonner la promotion à une échelle plus large. C’est ainsi qu’est né le volet du Salon dans la ville, un concept d’activités littéraires (performances, lectures publiques, ateliers) déployées dans les quartiers du Gand Montréal (dans les bibliothèques, librairies, maisons de la culture) en amont du Salon du livre. Cette année, le Salon dans la ville a commencé le 7 novembre, et se poursuivait jusqu’au dimanche 23.
Salon du livre de Montréal 2025 / Crédit : Éric Bolduc
Le rendez-vous scolaire du Salon dans ta classe, qui permet la rencontre (virtuelle) d’élèves avec des auteurs et autrices sans bouger de leur pupitre, est également très populaire. Entre 40 000 et 50 000 enfants ont participé à l’initiative, répartie en quatre activités sur deux jours, la semaine dernière, spécifie Olivier Gougeon, qui voit là une indéniable preuve qu’il y a matière à voir plus grand pour le Salon du livre de Montréal.
« J’aimerais vraiment que le mois de novembre devienne le mois du livre et de la lecture à Montréal », confirme Olivier Gougeon en entrevue avec Sous les projecteurs. « Pas pour que le Salon devienne plus gros; nous, on est un OBNL. On est là pour servir le milieu du livre, promouvoir la lecture au Québec et dans le Grand Montréal. Mais si novembre était le mois du livre, ça serait une occasion pour que tout le monde qui a envie de faire une activité en lien avec le livre et la lecture, qui souhaite remettre le livre au cœur de la cité, le fasse. »
« Parce qu’on en a besoin, aujourd’hui, dans notre société. Le temps de lecture s’amenuise, le temps d’attention s’amenuise. Il faut remettre le livre et la lecture au cœur de nos vies. On aimerait être porteurs de ce projet, que ça soit quelque chose qui touche le bien collectif. Le Salon dans la ville, c’est le balbutiement de ce grand projet. C’est compliqué de faire la promotion de tant d’activités à différents endroits, mais on y tient mordicus, parce que c’est une façon de faire la fête du livre partout », continue Olivier Gougeon.
En 2024, 92 000 visiteurs ont bouquiné dans les allées du Salon du livre, preuve que l’appétit pour cet objet culturel « tellement universel » est encore bien vivant, et que le rassemblement qu’Olivier Gougeon aspire à élargir remplit bien son mandat de « créer des passerelles avec d’autres arts et d’autres univers », dit-il, et de « décloisonner » les gestes pourtant très intimes de la lecture et de l’écriture.
Sans ombre au tableau
Enfin, deux petites ombres ont failli planer sur le Salon du livre de Montréal, cette année. Heureusement, le soleil est sorti juste à temps pour les tarir, et c’est dans l’enthousiasme et dans un achalandage plus que généreux que s’est déroulée la 48e mouture.
D’abord, le conflit de travail à la Société de transport de Montréal (STM), bouclé de justesse par une entente de principe vendredi dernier – même si deux syndicats sont toujours en négociations avec l’entreprise publique – n’a finalement pas entravé l’accès à la foire du livre, comme plusieurs le craignaient.
« On est extrêmement soulagés », glisse Olivier Gougeon. « C’est très complexe et délicat, d’être dans la situation dans laquelle on était. On voulait respecter le droit de grève et ne surtout pas s’immiscer dans les questions de négociations; toutefois, si la grève avait été en cours pendant l’événement, on aurait été vraiment, vraiment perturbés. C’est 75 % de la population qui vient en transport en commun! Et, là-dessus, une majorité de jeunes. Puisque notre mission, c’est de promouvoir le livre et la lecture, on était très, très affectés. Mais je pense qu’on a une bonne étoile, et on va la prendre. »
Salon du livre de Montréal 2025 / Crédit : Éric Bolduc
En second lieu, la controverse ayant découlé de l’annonce des finalistes du deuxième Prix littéraire Janette-Bertrand, le mois dernier, n’a finalement et heureusement pas causé trop de vagues, demeurée surtout à l’échelle des réseaux sociaux, là où des voix avaient décrié le fait que beaucoup de médias avaient utilisé une photo de la chroniqueuse Josée Blanchette pour illustrer leurs articles et reportages sur le sujet. Ces personnes avaient fait valoir que toutes les autrices nommées (Myriam de Gaspé, Elizabeth Lemay, Jocelyne Richer, Geneviève Rioux et Josée Blanchette) méritaient une couverture médiatique égale, et blâmaient les médias d’avoir mis la lumière uniquement sur Madame Blanchette. Celle-ci, qu’on connaît aussi pour ses chroniques au Devoir, avait alors choisi de se désister de la course au prix Janette-Bertrand, mais le Salon du livre et le jury (que préside Madame Pauline Marois) ont choisi de maintenir Josée Blanchette et son ouvrage Presque vierge en lice.
« On a en a beaucoup parlé, et vous avez vu la position du jury : on a décidé de maintenir le livre en lice, avec l’accord de Josée Blanchette. Il a fallu accueillir sa décision avec beaucoup d’ouverture. C’est une décision qui lui appartient, et ce n’est pas à nous de la juger. Le livre méritait d’être en lice, pour sa valeur et sa portée. Parce que c’est ça, le prix littéraire Janette-Bertrand : de permettre aux lectrices et aux lecteurs de s’ouvrir à l’autre et de respecter davantage les femmes, les personnes en situation minoritaire sur les questions de genre. Le livre de Josée Blanchette est important, il a été choisi pour ça. Elle a accepté et la controverse n’en est plus une. Ça nous a amené une certaine forme de résilience, je crois », résume Olivier Gougeon,
Josée Blanchette ne devait donc pas être présente à la cérémonie de remise du Prix littéraire Janette-Bertrand, mercredi. C’est l’autrice Elizabeth Lemay et son ouvrage L’été de la colère qui ont raflé les honneurs.
Crédit photo principale : Éric Bolduc / Courtoisie Salon du livre de Montréal

