Femmes à l’écran : Guylaine Tremblay préfère voir le verre à moitié plein
Publié le 23 juillet 2026 à 17:19
Moins de rôles pour les actrices de plus de 50 ans? Oui, mais il y a de l'espoir, nuance Guylaine Tremblay.
Y a-t-il moins de rôles à la télévision québécoise pour les femmes de plus de 50 ans?
Assurément, si on en croit des propos récents tenus par Marie-Chantal Perron au talk-show Bonsoir bonsoir (voyez l’extrait à la fin de l’article) et d’autres actrices – toutes très talentueuses et adorées du public – qui sont nombreuses à avoir dénoncé cette situation dans les dernières années.
D’autres comédiennes, en revanche, font office d’exceptions, et continuent de voir les opportunités affluer.
C’est le cas de Guylaine Tremblay. À 65 ans, celle qui a cumulé les trophées Artis pour ses rôles dans Annie et ses hommes et Unité 9 jouit toujours d’une grande cote d’amour auprès des Québécois, connaît encore une période faste sur le plan professionnel et assume pleinement une magnifique chevelure grise en voie de devenir tendance, qui lui donne simplement l’air… de son âge!
« Écoute… moi, j’ai 65 ans et ça ne m’intéresse pas, mon âge. Pour moi, c’est une non-conversation, l’âge de quelqu’un. Moi, j’ai des amis de 80 ans et des amis de 23 ans! », soutient Guylaine Tremblay en entrevue avec Sous les projecteurs, non sans reconnaître qu’une problématique existe réellement quant aux femmes qui prennent de l’âge dans son métier.
« Oui, il faut mener la bataille pour les femmes de 50 et 60 ans. Parce que, si Marie-Chantal Perron peut parler des femmes de 50, moi, je peux parler des femmes de 60 et 70 ans qui ne travaillent plus du tout, après avoir beaucoup travaillé! »
Se faire entendre
Seulement dans les derniers mois, la sympathique dame a enchaîné les rôles dans la série Antigang et le film 125, rue des malaises, l’animation (pour une deuxième année) du spectacle de la Fête nationale à Montréal, et les pièces Janette (où elle est magistrale dans la peau d’une Janette Bertrand qui revisite ses 100 ans de vie et de carrière sur scène) et Fallait pas dire ça, (où elle donne la réplique à son complice de toujours, Denis Bouchard). Les représentations de Janette reprendront à la fin de l’année.
Guylaine Tremblay sera en outre de la nouvelle version de 24 poses (portraits), important morceau du catalogue du dramaturge Serge Boucher, au Théâtre Duceppe, du 2 septembre au 3 octobre. C’est même elle qui a eu l’idée de faire renaître cette chronique de la vie de famille québécoise, 27 ans après y avoir joué le rôle de Carole, la fille, alors qu’elle était dans la fin trentaine. Cette fois, elle personnifiera, dans 24 poses…, Claire, la mère, et Émilie Bibeau endossera les traits de Carole, auprès, également, de Martin Drainville, Marc Beaupré et Benoit Mauffette.
« Moi, j’ai la chance que ça se passe encore », avance, remplie de gratitude, Guylaine Tremblay, qui a néanmoins eu le mérite, dans les dernières années, d’initier elle-même des projets. Qu’il s’agisse de remonter 24 poses… 30 ans plus tard ou de proposer l’idée originale de la série Veille sur moi à son amie France Beaudoin, qui a produit la dramatique avec sa boîte Pamplemousse Média.
« Il ne faut pas se gêner pour initier, dire : « Hey, on est là, on a des choses à dire et on participe activement à notre société! » Ce n’est pas vrai que je vais être back venture parce que j’ai plus de 55 ans! Moi, j’ai joué Janette; je serais mal placée pour dire qu’il faut, à un moment donné, prendre sa place et se retirer! Je vois une femme de maintenant 101 ans, qui est encore active, qui écrit, qui a des projets… Tant que ce n’est pas fini, ce n’est pas fini! À l’intérieur, on a le même feu. »
Il ne suffit pas, non plus, d’uniquement créer des rôles de femmes matures, signale Guylaine; les personnages en question doivent également avoir une certaine consistance. Et non pas seulement faire office de faire-valoir auprès d’une distribution plus jeune.
« C’est bien beau dire qu’on va mettre des femmes de 50, 60, 70 ans à l’écran, mais moi, ça ne me tente pas de jouer des femmes qui servent le café et qui demandent aux autres comment a été leur journée. Il faut créer des personnages de femmes, premiers et deuxièmes rôles, avec de la chair autour de l’os. Je sais bien que je ne jouerai pas un personnage en fertilité pour avoir un enfant, à mon âge! Mais si je joue la mère de cette fille-là, il faut que je participe activement à l’affaire. Qu’émotivement, j’aie quelque chose à jouer… »
« Pas un ange » dans Antigang
De la matière intéressante à jouer, Guylaine Tremblay en avait dans le dernier épisode d’Antigang avant la pause estivale. Son personnage de Geneviève Rousseau, épouse de Dan Murphy (Frank Schorpion) et mère de Cédric (Samuel Gauthier) et Noah Murphy (Philippe Scrive), a orchestré une partie de l’opération d’importation de cocaïne élaborée, entre autres, par son mari et Denys Marchand (Sébastien Ricard), chef du groupe criminalisé des Death Shadows.
La ratoureuse « femme d’affaires », plus impliquée qu’on pouvait jusque-là le croire dans le business de son conjoint, a fait voyager des caisses de vapoteuses et de sacs à main pour faire diversion – avec succès – auprès des policiers. Geneviève Rousseau continuera-t-elle « d’épauler » Dan Murphy dans son « entreprise »?
Au moment de notre entretien, Guylaine Tremblay ignorait encore ce que l’autrice Nadine Bismuth réservait à Geneviève Rousseau pour l’automne.
« Ce n’est pas un ange », rigole Guylaine au sujet de son personnage. « Elle sait que son mari a plein de maîtresses, mais elle reste là. Moi, je dis que ce n’est pas pour rien, qu’elle reste là! J’ai l’impression qu’elle doit avoir de petits projets cachés… »
« La quotidienne, je trouve ça très, très le fun. J’aime ce beat-là, très, très sportif. Je ne suis pas là tous les jours, mais j’aime cette énergie, une énergie de sprint », termine Guylaine, qui, dans la vie, est maman de deux filles adultes et d’une adorable petite-fille de quatre ans.